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Thérapie ACT pour sortir de l'addiction au porno Partie 3

Publié le 30/12/2019 11:10:42
Cet article est la suite de la présentation des séances 1 et 2 de la thérapie ACT pour l'addiction à la pornographie.

Dans l'article précédent, nous avons détaillé les 2 premières séances du traitement : introduction et évaluation, puis préparer l’acceptation avec le désespoir créatif.
Nous allons maintenant découvrir la 3ème séance de la thérapie.

Séance 3 : Affaiblir le contrôle des envies et introduire l’acceptation comme alternative

Objectifs : faire le compte-rendu du travail fait à la maison, continuer à diminuer l'importance de l'agenda de contrôle sur les envies, introduire l'acceptation comme alternative et demander au client de faire le premier engagement comportemental pour changer son comportement de visionnage.

Revenir sur le journal des efforts pour contrôle les envies et porter l’attention sur l’inefficacité du contrôle.
Expliquer comment le contrôle des envies a été infructueux et peut-être qu’ils ont rendu les choses pires.
Expliquer au participant que ce qu'il a essayé de faire pour contrôler ses envies est plutôt logique, raisonnable de son point de vue et du nôtre.

Discours du thérapeute au client pour expliquer l'inefficacité de supprimer les expériences internes :

"L’issue n’est pas ce que vous espériez qu’elle soit mais vraiment il me semble que vous avez fait tout ce qu’il y a de plus normal.
Vous avez vraiment essayé dur.
N’est-ce pas le genre de chose que tout le monde fait ?

Essayons de considérer cette possibilité.
L’histoire de tout le monde est similaire parce que ce que vous faites est ce que l’on a appris à faire : c’est juste que cela ne marche pas ici.
Regardez tout ce que les non humains ont aussi à faire face (nourriture, météo, abri, …), nous nous en sortons très bien.

Cela a été rendu possible par le langage humain et la rationalité.
Le langage humain nous a donné l’avantage énorme car il nous permet de découper les choses en petits parties, formuler des plans, construire des futurs que nous n’avons jamais expérimentés, et planifier des actions : cela marche très bien.
Nous sommes aussi la seule espèce qui se suicide et peut être malheureuse alors qu’elle devrait être heureuse.

Il y a une règle pour les choses en dehors de notre corps : s’il y a un élément gênant, nous pouvons nous en débarrasser.
Et cette règle marche bien pour la plupart des choses dans la vie.
Mais considérez la possibilité que cette façon de faire (se débarrasser) ne marche pas pour tout ce qu’il se passe entre nos oreilles.

Cette dernière petite partie de l’existence humaine est très importante car c’est là où réside le sentiment de satisfaction, mais c’est seulement une petite partie de nos vies.
Mais supposez que cette façon de faire marche très mal dans cette petite partie de la vie.
Dans votre expérience, regardez si cela est vrai : dans le monde interne, la règle est "si vous ne voulez pas l’avoir, vous l’aurez"".

Exemple : essayer de ne pas penser à un objet alors que le thérapeute est en train de le décrire et de dire au participant « n’y pensez pas ».
Même exercice en ajoutant une « pression » : une machine liseuse de pensées a accès à toutes vos pensées et sonnera dès que vous pensez à cet objet.
Comment faites-vous pour ne pas y penser ?

Même si vous vous forcez à penser à un autre objet, vous le faites pour éviter de penser à l’objet « interdit ».
Vous pouvez faire le même exercice avec les réactions physiques : essayer de ne pas saliver alors que vous êtes en train d’imaginer mordre dans un morceau de citron, imaginer le goût du jus sur vos lèvres, langue et dents.

Une fois la stratégie de contrôle affaiblie, amener l’acceptation (autre terme : être prêt à, être ouvert à) comme alternative avec la métaphore Two scales (deux échelles).

L’idée est que si l’échelle des envies est à 10 et l’échelle de l’acceptation à 0, les envies ne diminuent pas.
A la différence de l’échelle des envies qu’il est très difficile de baisser, l’échelle de l’acceptation est positionnable à n’importe quel niveau.

Ce n’est pas une réaction, une pensée ou un sentiment : c’est un choix. Vous avez choisi de positionner l'échelle de l'acceptation très bas, ce que vous avez besoin de faire est de la positionner en haut.
Je peux vous garantir qu’en la positionnant en haut, vos envies seront basses ou hautes.

Elles seront basses jusqu’à ce qu’elles remontent puis redescendent.

Ce qui est sûr, c’est que pour savoir exactement à quelle position est l’échelle des envies, mettez l’échelle de l’acceptation au plus bas : les envies vont finir par arriver en masse et rester à la même position sur l’échelle.
En mettant l’échelle de l’acceptation en haut, vos envies vont fluctuer et vous vous serez débarrassé de la lutte inutile et traumatisante qui ne mène que vers une direction.

Exercices d'acceptation :

"Surfer sur la vague des émotions ou envies" (urge or emotion surfing) :

Observer comment l'envie démarre doucement, atteint son pic pour finalement redescendre.
Porter votre attention sur l'endroit où se manifeste votre envie, imaginez la taille de cet endroit, quel type de sensation avez-vous, faites-lui de la place et ouvrez votre conscience autour d'elle, envoyez votre respiration à cet endroit, autorisez-la à venir et rester puis partir.

Cela peut aider de donner à l'envie une note d'intensité de 0 à 10.
Une fois que l'envie est redescendue, quelle action puis-je faire pour améliorer ma vie sur le long terme ? Passez à l'action !

Source : ACT Made Simple Second Edition, Russ Harris 2017 https://drive.google.com/file/d/1KA4xZ5RR8tWW7K0wBCfkfjtBBjGEwjOH/view

Enregistrement audio de l'exercice Surfer sur la vague :


Exercice SOBER (Stop, Observer, Baser, Elargir, Répondre) :

c'est une sorte de mini-méditation que vous pouvez pratiquer dans toutes les situations difficiles.
SOBER est l'acronyme de "Stop, Observe, Breathe or focus on the breath, Expand awareness and Respond".

La première étape est de stopper.
Les lieux où vous vous comportez souvent par réaction, vous allez ralentir ou vous arrêter.
C'est l'étape la plus importante pour interrompre le pilotage automatique qui nous emporte souvent dans les difficultés.

Puis après s'être arrêté, vous allez juste observer ce qu'il se passe : dans votre corps, que ressentez-vous actuellement ? Quels types de sensations ? Peut-être de la tension.
Dans votre coeur ou vos émotions, que ressentez-vous? De la peur, anxiété, une douleur.
Et aussi observez notre esprit : quels types de pensées avez-vous actuellement ?
Est-ce que ce sont des pensées familières ?
Que vous dites-vous à ce moment-là ?
Ou tout simplement, comment est votre esprit en ce moment : exalté, confus, mouvementé ?
Est-il calme ?
Donc le O se SOBER consiste à observer ce qu'il se passe dans votre corps, votre coeur ou émotions et dans votre esprit.

L'étape suivante est de baser l'attention sur votre respiration.
Cela peut se faire soit en prenant une profonde respiration, ou juste en observant votre corps respirer naturellement.
Autorisez notre esprit à se poser sur votre respiration pendant quelques moments : se poser à l'inspiration et à l'expiration.

Vous pouvez faire cela aussi longtemps que vous en avez besoin.
Après une courte pause, étendez l'attention encore une fois pour observer vos ressentis au niveau du corps, du coeur et de l'esprit.

Donc peut-être qu'il y a des changements dans votre expérience et peut-être qu'il n'y en a pas et dans les 2 cas tout va bien, vous êtes juste en train d'observer ce qu'il se passe en ce moment.

Donc à nouveau, observez ce qu'il se passe au niveau de votre coeur.
Que se passe-t'il ? Que remarquez-vous ?
Observez les émotions de nouveau, que ressentez-vous ?
Et comment est votre esprit ? Quelles sortes de pensées avez-vous : votre esprit est-il calme ou frénétique ?

Et pour finir, la dernière étape est de répondre.
Donc ici, observez juste tous les choix que vous avez devant vous.
Typiquement dans ces situations, nous réagissons souvent et nous allons suivre le premier choix qui nous vient à l’esprit par habitude.

Alors qu'en réalité, nous avons un nombre infini de choix que nous pourrions utiliser pour répondre dans cette situation.

Et en prenant cette brève pause, nous nous rappelons simplement que malgré tout ce qu'il peut se passer dans nos corps, coeur, esprit, nous avons toujours le choix.

Le but est de se connecter avec ce qui est vraiment important pour nous.
Ainsi que de répondre pro activement, plutôt que juste réagir.

Donc cette pratique peut être faite n'importe où, les yeux fermés ou pas, assis ou pas.

Source : https://www.mindfulrp.com/for-clients

Combinaison de "Autoriser, expansion, respirer à l'intérieur" (Allowing, expansion, breathe into it).

Autoriser : voyez si vous pouvez autoriser l'envie (ou émotion, sentiment) à être là. Vous n'avez pas besoin de l'aimer ou non, juste à l'autoriser.

Expansion : voyez si vous pouvez vous ouvrir et vous étendre/élargir autour de l'envie. C'est comme si, d'une façon magique, tout cet espace s'ouvre à l'intérieur de vous.

Respirer à l'intérieur : respirer à l'intérieur de l'envie. C'est comme si votre respiration coule à l'intérieur et autour de l'envie.

"Objectifier" (physicalize or objectify) :

C'est un exercice adapté pour les personnes qui sont plutôt visuelles.
Nous pouvons imaginer un sentiment ou envie comme un objet physique, cela nous aide à expérimenter que cette expérience privée n'est pas plus grosse que ce que nous sommes, nous avons beaucoup de place pour cette expérience.
Cet objet est-il liquide, solide ou gazeux ?
Quelle taille a-t-il ? Est-il gros ou petit ?
Quelle température a t'il ? Est-il à la surface ou à l'intérieur de vous ?
Quelle forme a t'il ? Quelle couleur ? Est-ce transparent ou opaque ?

Au moment de faire cet exercice, l'objet change souvent de forme, typiquement il devient plus petit et des fois il devient plus gros.

Dans ce dernier cas, nous pouvons nous dire que peu importe la taille de notre envie, elle ne peut pas être plus grosse que nous : alors observez-la, respirez à l'intérieur d'elle, faites-lui de la place.
Plutôt que s'enliser dans la lutte avec nos expériences difficiles, portons-les avec nous avec ouverture, pour s'engager pleinement dans notre vie et faire ce qui nous est important.

Travail à faire à la maison : demander au participant de pratiquer l’acceptation des envies (être prêt à faire l’expérience des envies) à la maison sur les 3 premières envies et faire l’engagement de contrôler le comportement de visionnage sur ces 3 envies.

Il peut aussi pratiquer sur les envies suivantes, mais ce n’est pas obligatoire.

Vous venez de lire la partie 3 sur 8.

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