Le porno
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Le porno

Ecrit par Sylvain Guigni, 2 mai 2019
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1) Accès au porno dans l’histoire récente

Au début, il y avait les peepshow, les films X au cinéma pour la consommation à l’extérieur de chez soi.

Pour la visualisation à la maison, c’était des films créés par des studios de films X (Dorcel, …) qui les diffusaient en K7, sur certaines chaines privées (Canal +), dans des magazines au bureau de tabac.

Avec l’arrivée d’Internet, ces contenus ont d'abord été diffusés illégalement sur des canaux comme IRC, Usenet, FTP plutôt réservés à des personnes averties du milieu de l’informatique.

Puis des logiciels de partage peer2p ont été développés comme Kazaa et Emule où n'importe quel continu (images, films, musique, documents) pouvait être téléchargé tant qu'un utilisateur avait le fichier. Ces logiciels fonctionnaient comme sur un système décentralisé où chacun téléchargeait et envoyait des données aux autres, ce qui fait que la vitesse n’était pas toujours optimale et la disponibilité aléatoire dans le temps.

Aussi, le paramétrage de ces applications n’était pas accessible à tout le monde.

L’arrivée du streaming que ce soit pour les films classiques ou porno a révolutionné l’usage des contenus vidéos : facilité d’utilisation, quantité illimitée de vidéos, organisation par catégories très précises, vitesse stable.

La visualisation se fait sur des sites porno ultra connus comme Pornh*b, on va directement sur ses sites favoris. Il y a en plus des sites spécialisés suivant les pratiques, l'âge, origine ethnique, situations...

Les recherches de contenu sont aussi possibles depuis les moteurs de recherche où le filtrage est faible ou désactivé par défaut.

De nouvelles formes de porno se sont développées comme les sex cam : les internautes peuvent choisir parmi des milliers d’hôtes suivant les pratiques sexuelles, l’âge, etc…

Une fois connecté avec l’hôte, l’internaute interagit directement avec l’hôte et peut entrer en séance privée et ainsi demander ce qu’il veut.

L'évolution des navigateurs a aussi contribué à développer un comportement compulsif sur Internet grâce à la possibilité d’ouvrir plusieurs onglets en même temps.

Avec l'arrivée des smartphones en 2007, le web s’est développé sur les téléphones mobiles, si bien que l’on peut accéder à n’importe quel contenu n’importe où et n’importe quand.

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2) Qui sont les acteurs porno ?

D’après l’étude de 10000 acteurs X (7000 femmes et 3000 hommes) https://jonmillward.com/blog/studies/deep-inside-a-study-of-10000-porn-stars/, en moyenne les femmes commencent à 22 ans et les hommes à 24 ans.

Leur carrière est en moyenne de 3 ans et 4 ans.

La femme la plus représentée est une brune (62% pour cheveux foncés (39% châtains, 22% noirs), 33% blond, 5.3 roux) avec un bonnet B (B, C puis D), physiquement fine.

Cette statistique montre qu’on s’éloigne de l’imaginaire « blonde aux gros seins siliconés » qu’on pouvait avoir à l’époque des films en K7, avant Internet.

Il y a une représentation dans le porno qui colle plus aux caractéristiques physiques de la population.

Il y a moins ce physique inaccessible des super stars d’avant et plus l'image d’un physique normal.

Ce qui peut faire penser que le porno est un métier comme les autres, plus accepté dans la société et que le regarder devient normal.

Il y a des actrices qui veulent découvrir leur sexualité, d’autres qui ont besoin d’attention / sentir aimer, commencent le porno car elles pensent que c’est un tremplin pour le cinéma, pour gagner rapidement de l’argent.

Pour celles qui sont déjà fragiles, le porno va leur faire beaucoup de mal : dépression, drogue, alcool, voire le suicide dans certains cas.

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3) Conditions de travail des acteurs

Emploi et conditions de vie :

Pour gagner sa vie, les acteurs doivent performer régulièrement ou faire des scènes bien payés (extrêmes).

Il y a beaucoup de nouvelles filles qui entrent dans le porno et il est difficile d’avoir des scènes au fil du temps. La majorité des scènes étant des scènes avec des jeunes filles (18 ans), il vient un moment où les actrices n’intéressent plus les studios. Elles disparaissent ou sont obligés de faire des scènes de + en + hard.

La paye n’a pas augmenté car les studios gagnent de moins en moins d’argent (piratage sur les sites de streaming).

Beaucoup de studios ont été rachetés par les gros tubes (ex : Pornh*b), ce qui augmente la précarité des acteurs qui doivent suivre le jeu de ces multinationales au lieu des studios où il y a plus de proximité/écoute.

Il y a une différence entre les stars qui peuvent avoir de très gros salaires grâce à des contrats avec des studios (peu de films et beaucoup de représentations : sexshop, convention, striptease) et les autres acteurs.

Généralités :

Drogues et alcool sur les plateaux.

Vicodin et Xanax pour les femmes, Viagra pour les hommes.

Une scène prend des heures à être filmée, le temps de la mise en place de l’éclairage, photos pour les couvertures où les acteurs restent figés pendant une position le temps de la photo.

Puis la réalisation de la scène qui est coupée de nombreuses fois.

Les actrices ont au moins fait 1 fois ces pratiques dans leur carrière :

pratiques actrices Pornhub

Même si certaines pratiques ne sont faites qu’une fois, il y a des pratiques douloureuses qui sont suffisamment présentes (anal, DPP, DP, fist, DAP) et d’autres dégradantes (cum swap, pee, take pee).

Ces pratiques + l’absence du préservatif + escorting amènent les acteurs à contracter beaucoup de MST.

Il n’y a même pas la mention Deepthroat, qui est quasiment pratiquée tout le temps et devenue normal dans le porno (et dans la vie).

Scènes hardcore :

Les scènes sont définies à l’avance, on demande aux actrices si elles sont d’accord pour certaines pratiques (anal, gorge profonde, gifle, etc…) mais cela reste vague.

La scène commence souvent soft puis il y a une escalade dans la violence.

Violence sexuelle et mentale par l’agression verbale de l’acteur/réalisateur qui soit insulte rabaisse l’actrice, lui demande de dire des propos du genre « je suis une pute » pour la rabaisser.

Une fois cette phase passée, la violence sexuelle grimpe et l’actrice ne sait plus quoi penser, se défendre, émettre une objection.

Si elle arrête la scène, elle ne sera pas payée et aurait perdues ces heures de travail.

Elle sera surement blacklistée car non fiable.

Entourée de plusieurs hommes dans une pièce, elle craint pour sa sécurité si elle refuse de faire ce qu’on lui dit. Même lorsqu’elle signifie son désaccord, le réalisateur va jouer avec elle pour lui faire terminer la scène.

Pour supporter tout ça, l’actrice rentre souvent dans une dissociation pour ne pas ressentir cette douleur, honte, etc…

Interview de Jessie Rogers ex actrice porn : https://www.youtube.com/watch?v=FgGVL1P_HVQ

Interview de Regan Starr actrice porn : http://newpartisan.squarespace.com/home/filmed-assault-tim-marchman-talks-to-regan-starr.html

Interview Avery Taylor actrice porno : https://www.youtube.com/watch?v=kVbHk2M3rag

Livre de Jenna Jameson ex actrice porno : http://www.antipornography.org/Jenna_Jamesons_25_Reasons.html (si le site ne s'affiche pas, utiliser un proxy comme Hide me)

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4) Représentation du porno dans la société

Il y a plusieurs façons de concevoir le porno :

  • C’est respectable tant que la scène est bienveillante, que le respect des acteurs est assuré.
  • Cela fait partie de la libération du sexe et de la femme qui décide de son corps.
  • Le sexe devient moins taboo et donc on en parle plus.
  • Cette diversification des pratiques rend compte d’une recherche personnelle de ce qui nous excite et est donc bénéfique à chaque être humain qui peut avoir ses propres envies.
  • Cela peut être utile à but pédagogique pour les adolescents mais le reste est néfaste.
  • C’est l’esclavage de la femme, apologie de la femme objet représentant un désir purement charnel.
  • Le porno est utile dans les périodes de célibat, pour continuer à avoir une activité sexuelle.
  • Le porno est utile pour savoir comment faire au début.
  • C’est utile pour avoir des idées de position.
  • Le porno n’affecte pas notre perception/envie du sexe et des femmes dans la vie.

Ces propositions sont posées pour vous faire réfléchir sur la pornographie.

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5) Quelques chiffres sur la consommation

Statistiques de consommation du porno en 2018 : étude de Covenant Eyes.

Thèmes abordés : revenus du milieu du porno, chiffres de consommation, étude de population, représentation du porno dans la société, effets du porno.

Site officiel : https://www.covenanteyes.com/pornstats/

Un cinquième des 14-24 ans (21 %) regardent au moins une fois par semaine du porno.

Plus d’un tiers (37 %) déclarent avoir déjà visionné ce type de programme, avec une forte différence entre les garçons (46 %) et les filles (28 %).

Cet écart se creuse avec l’âge : ainsi, chez les 14-17 ans, 18 % des garçons regardent au moins une fois par semaine du porno, contre 12 % des filles ; à partir de 18 ans, la consommation hebdomadaire concerne 33 % des hommes, contre 16 % des femmes.

La confrontation à de telles images, alors même que la sexualité psychique se développe, peut provoquer des crises d’anxiété, des troubles du sommeil, nourrir un sentiment douloureux de culpabilité et conduire à une représentation faussée ou déviante des rapports sexuels et amoureux. Or 15 % des 14-17 ans affirment regarder au moins une fois par semaine du porno.

La consommation de porno atteint parfois des niveaux dramatiquement élevés : 9 % des jeunes regardent du porno quotidiennement dont 5 % plusieurs fois par jour.

Enfin, l’addiction au porno contribue aussi aux addictions à l’écran. Notre enquête révèle d’ailleurs l’existence de liens entre les différentes formes d’addiction aux écrans : 56 % des personnes qui regardent du porno au moins une fois par jour passent plus de 2 heures sur les réseaux sociaux et 46 % consacrent plus de 2 heures aux jeux vidéo.

Source : LES ADDICTIONS CHEZ LES JEUNES (14-24 ans), Fondation Gabriel Péri, Fonds Actions Addictions, Fondation pour l’innovation politique, juin 2018

http://data.fondapol.org/non-classe/les-addictions-chez-les-jeunes-14-24-ans/

Etude de la génération Y de 412 (-54 exclus) participants tchèques et slovaques :

Regardez-vous du porno ? Hommes Femmes Total
Oui 95.9% 59.1% 71.8%
Non 4.1% 40.9% 28.2%
A quelle fréquence regardez-vous du porno ? Hommes Femmes Total
Plusieurs fois par jour 11.0% 0.7% 5.4%
Une fois par jour 14.4% 0.7% 7.0%
2–5 fois par semaine 52.5% 14.4% 31.9%
Quelques fois par mois 18.6% 54.7% 38.1%
Très rarement 3.4% 29.5% 17.5%
Hommes Femmes
En privé 99.2% En privé 100.0%
Au travail 3.4% A l'école 2.2%
A l'école 2.5% Au travail 1.4%

Source : The Internet and Consumption of Pornography: A case of Generation Y in the Czech and Slovak Republic 2018

Pourquoi les utilisateurs du porno vont sur Internet pour trouver du contenu sexuel : satisfaction sexuelle (94.4%), se sentir excité (87.2%), atteindre l’orgasme (86.5%), compenser le stress (73.8%), contrer l’ennui (70.8%), oublier les problèmes quotidiens (53%), combattre la solitude (44.9%), combattre la dépression (38.1%).

Source : Wéry, A., & Billieux, J. (2016). Online sexual activities: An exploratory study of problematic and non-problematic usage patterns in a sample of men. Computers in Human Behavior, 56, 257-266.

La recherche montre que les personnes qui utilisent le porno en priorité pour s’apaiser et réguler leurs émotions ont significativement plus de chance d’avoir des problèmes comme l’addiction au porno que ceux qui cherchent la satisfaction sexuelle, recherchent l’excitation et à atteindre l’orgasme.

Source : Wéry, A., & Billieux, J. (2016). Online sexual activities: An exploratory study of problematic and non-problematic usage patterns in a sample of men. Computers in Human Behavior, 56, 257-266.

Etude sur les attentes, expériences et circonstances de la pratique de la sodomie sur 130 hommes et femmes hétérosexuels de 16-18 ans en Angleterre de diverses classes sociales :

Résultats : le sexe anal hétérosexuel apparait souvent douloureux, risqué et coercitif (contraignant) pour les femmes.

Les personnes ont souvent cité la pornographie comme l’explication du sexe anal, en autres avec la compétition entre hommes, que tout le monde doit aimer puisque les autres le font, coercition et pénétration par accident. Plus, il apparait que les hommes étaient enclins à persuader ou contraindre leurs partenaires réticents.

Conclusions : encourager la discussion à propos du consentement mutuel, réduire le risque et les techniques douloureuses and remettre en questions les idées qui normalisent la coercition.

Source : Marston C, Lewis R. Anal heterosex among young people and implications for health promotion: a qualitative study in the UK. BMJ Open 2014