L'addiction au porno
L'addiction au porno

L'addiction au porno

Ecrit par Sylvain Guigni, 2 mai 2019
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On parle d'addiction au porno car l'addiction est une participation/implication répétée avec une substance ou une activité, en dépit du mal qu'elle peut causer, parce que cette implication a été (et peut continuer) plaisante et/ou valorisante.

Toutes les addictions que ce soit par des substances ou comportements causent des changements similaires dans le cerveau.

L'addiction au porno a vu son développement exploser avec l'arrivée de l'Internet rapide (ADSL).

Avec les jeux, le porno est l'application Internet qui a le plus d'influence sur le développement d'une utilisation compulsive d'Internet.

L'addiction a apporté ce que la personne appelait du plaisir, une satisfaction, un apaisement, tout cela n'était qu'éphémère et illusoire. Le simple fait de devoir répéter le même comportement, les mêmes stratégies, les mêmes scénarios, rendent compte de l'absence totale de tout épanouissement sexuel voire de toute construction affective durable.

L'addiction a enfermé le sujet, l'a isolé et a fini par le faire souffrir.

Le passage à l’acte s’effectuera après un certain temps, plus ou moins à distance de l’événement déclenchant (ou amorce), plus ou moins long selon un curseur variable :

  • Certaines personnes vont laisser passer plusieurs minutes à plusieurs heures avant de passer à l’acte (les compulsifs).

    Elles luttent soit pour éviter le passage à l’acte (culpabilité, anxiété, remords), soit pour parfaire leur scénario et leurs sensations d’excitation, soit pour maintenir ceux-ci en éveil avant de trouver l’occasion de passer à l’acte…

  • Certaines personnes vont passer à l’acte (les impulsifs) dans une immédiateté sans limite qui évite toute réflexion et donc tout contrôle.

L'addiction sexuelle n'est pas reconnue comme un sujet de santé publique à haut risque comme peuvent l'être par exemple les addictions aux produits, le jeu pathologique ou les troubles alimentaires. La honte, les mensonges, la solitude, la dégradation des relations de couple, la pauvreté sexuelle font le reste pour rejeter cette pathologie hors du champ sociétal et la maintenir dans le champ de l'intime et du privé.

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1) L'histoire personnelle

L'addiction s'inscrit dans une histoire individuelle avec des facteurs de vulnérabilité personnelle qui, dans un contexte socio-environnemental particulier et exposé à l'objet sexuel, va déclencher le comportement addictif et sa répétition incontrôlable (Olievenstein, 1983 ; Lejoyeux, 2010)

Il est difficile d'imaginer qu'une cause spécifique puisse à elle seule déclencher l'apparition d'une conduite addictive. Un ensemble de facteurs va intervenir dans le déclenchement de l'addiction sans que l'on sache réellement pour quelles raisons certaines personnes deviendront addicts et d'autres pas alors que le contexte familial et environnemental pourrait être le même.

Pour une même famille, certaines personnes ont pu vivre des situations traumatiques sans dommage pour leur avenir alors que d'autres vivront douloureusement ces mêmes traumas.

D'autres facteurs de vulnérabilité sont également présents comme la mauvaise estime de soi, la difficulté à la résolution de problèmes, l'impulsivité, et les troubles de l'hyperactivité, la recherche de sensations et de nouveauté…

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2) Rôle de l'addiction

Apaiser un mal-être émotionnel et une tension interne comme de la colère, de l'anxiété, de la tristesse.

Le passage à l'acte sexuel permet d'extérioriser cette tension et, par ce biais, de la soulager.

Oublier, fuir, échapper, éviter, le sujet recherche par l'addiction à éviter de revivre des situations de mal-être et de souffrance passées ou présentes.

Il est parfois préférable, pour certains sujets, de se réfugier devant un écran pour « voir ce qu'il ne fera jamais dans le réel » (cybersexe) ou pour communiquer dans des réseaux sociaux, plutôt que de faire face à de vrais échanges ou d'affronter certaines difficultés de la vie. L'addiction sexuelle, par la saturation et l'effet « bulle », crée un état second qui anesthésie la personne face à une souffrance intolérable provenant d'un traumatisme passé ancien ou récent (inceste, violence sexuelle…)

Plus d'informations sur le modèle Prodependence qui part du postulat que l'addiction est un désordre de l'attachement intime et qu'il permet d'anesthésier nos émotions/situations négatives :

1ère partie : le besoin de se connecter aux autres.

2ème partie : l'addiction vue de l'addict, les caractéristiques de base d'un traitement.

3ème partie : la place du conjoint / entourage dans l'addiction.

Souffrir ou se punir confirme le dégoût de soi qui est au centre de cette fonction. Des événements traumatiques de l'enfance, tellement déniés par l'entourage, ravivent la culpabilité, amenant au dégoût de soi. L'addiction devient le moyen le plus simple de se salir davantage et de confirmer sa propre responsabilité dans les événements passés.

S'affirmer et se valoriser, l'addiction peut être un moyen narcissique de se rassurer et d'exister au travers de ce comportement. C'est le cas de certains consommateurs sexuels, de dragueurs invétérés, de phobiques sociaux « qui voient dans les multiples confrontations sexuelles, sans suite, le moyen de tester leurs capacités ou d'amplifier des croyances de toute puissance.

Tout cela cache évidemment des doutes, des peurs, des craintes de ne pas être à la hauteur et de ne pas satisfaire l'autre » (Médecine sexuelle. Fondements et pratique Courtois, 2016)

Rechercher de la nouveauté, pour avoir toujours plus de sensations fortes. L'addiction, par son caractère « boulimique » et sans fin, permet, par la nouveauté et le changement des situations sexuelles, a minima, de virtualiser ses fantasmes, mieux que dans l'imaginaire (d'où l'intérêt du cybersexe), de vivre des sensations jamais éprouvées et d'accentuer le niveau d'excitation sans fin.

Sortir de l'ordinaire, stimuler l'existence et exister, l'addiction sert à faire face au vide, au néant, au manque, à l'absence, au rien… La boulimie de sexe est une pratique courante qui donne du poids à la vie de l'addict.

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3) Le porno et ses effets sur le cerveau

Plasticité du cerveau : neuroplasticité

Définition

https://positivepsychologyprogram.com/neuroplasticity/

La neuroplasticité est la capacité du cerveau à s'adapter en réaction à nos interactions avec l'environnement, par exemple lors que vous apprenez des nouvelles habitudes ou des compétences.

Les connexions entre neurones se font et se défont suivant nos expériences, la plasticité est donc réversible.

Différence enfance / adulte

http://medind.nic.in/icb/t05/i10/icbt05i10p855.pdf

La plasticité du cerveau pouvant évoluer tout au long de la vie et pas que pendant l'enfance / adolescence.

Pendant l'enfance, on peut voir le l'évolution du nombre de neurones et les connexions se faire entre neurones.

En grandissant, ces connexions se défont et de nouvelles connexions prennent place.

A l'âge adulte, on observe moins de plasticité mais le cerveau est toujours capable de changement.

Il est donc plus facile pour un adolescent / jeune adulte de devenir addict.

Le système de récompense

Théorie

Le système de récompense est un groupe de neurones responsables de la sensibilisation incitative (désir), l'apprentissage associatif (apprendre que deux événements sont reliés entre eux et la formations de liens entre les représentations mentales de stimulus physiques - Pavlov) et les émotions en réaction à la qualité agréable d'un stimulus ou d'une situation.

La dopamine est un neurotransmetteur qui donne la sensation de plaisir et renforce le système de récompense. Elle influe donc sur notre comportement.

circuit de récompense

Le circuit de la récompense occupe un rôle central dans la mise en place et le maintien d'une addiction.

Pour savoir quelle réaction adopter vis-à-vis d'une récompense perçue, qu'il s'agisse d'un verre d'alcool ou d'une partie de poker, notre cerveau s'appuie sur les informations sensorielles qui transitent par le tronc cérébral puis les aires associatives, de l'arrière vers l'avant, pour aboutir au noyau accumbens.

L'action de cette région dicte des sorties comportementales, comme la sensation de plaisir ou de peur, mais aussi, l'accoutumance et la sensation de dépendance. Le circuit de la récompense est régulé par l'activité des neurones dopaminergiques (en vert) qui activent les sorties comportementales et les neurones sérotoninergiques (en bleu) et noradrénergiques (en rose) qui, eux, régulent la remontée des entrées sensorielles. Le dysfonctionnement de ces trois systèmes peut générer l'addiction.

Etudes

Une étude de Cambridge (https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0102419) a révélé par des images IRM qu'en analysant des pratiquants compulsifs du porno, on constatait des changements similaires à ceux rencontrés par les personnes addict à l'alcool et à la drogue : meilleure réponse dans certaines zones du cerveau (aire tegmentale ventrale et prosencéphale basal, amygdale étendue, striatum ventral) qui sont impliquées dans le système de récompense, de motivation et plaisir.

Les addicts ont vu leur désir sexuel augmenté plus fortement par les images sexuelles explicites que les non addict, mais appréciation égale pour les images sexuelles non-explicites.

Les addicts appréciaient plus les images sexuelles non explicites que les non addicts mais ils appréciaient autant que les non addicts les images sexuelles explicites.

Dissonance entre le désir et l'appréciation éprouvée.

Etude sur les rats sur qui on a pu brancher un système d'envoi d'impulsions électriques dans la zone du cerveau par l'appui d'un bouton accessible au rat. Les rats ont passé leur temps à appuyer sur ce bouton tout en évitant de subvenir aux besoins de nourriture, opportunités sexuelles jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus bouger de fatigue.

La même expérience a été faite sur des humains et les sujets ont admis que c'était plus le fait d'arriver presque au plaisir que le plaisir en lui-même qui les avait poussés à continuer à appuyer.

Ils n'ont jamais réussi à atteindre le sentiment de satisfaction et donc se sentaient frustrés et ont voulu continuer.

Le cerveau était stimulé par le désir et la motivation plus que par le plaisir.

Envie irrésistible et tolérance

Le niveau de dopamine est influencé par 2 protéines DeltaFosB et CREB.

Le DeltaFosB va sensibiliser le cerveau à l'activité ayant procurée du plaisir.

Au contraire, le CREB va le désensibiliser lorsque la sensibilisation est trop importante pour retrouver un équilibre.

Dans l'addiction au sexe ou aux drogues, nous remarquons des hauts niveaux de DeltaFosB, une protéine responsable de l'envie irrésistible.

Au contraire, la protéine CREB va développer une tolérance à une drogue ou un stimulus.

Ces 2 phénomènes à effet contraire vont engendrer un comportement compulsif (quantité) et un besoin de toujours plus pour être excité (qualité : nouveauté, violence).

Hypofrontalité

L'addiction cause l'atrophie dans le lobe frontal du cerveau.

Le lobe frontal contient le cortex préfrontal et il est responsable entre autre de la planification, décision, restriction (caractéristiques de la volonté), le langage, la mémoire de travail, le raisonnement. Il agit comme un contrôle des pulsions.

Il a été remarqué que l'addiction déclenchait l'hypofrontalité qui correspond à une baisse du débit sanguin cérébral (CBF) dans le cortex préfrontal du cerveau.

Il devient plus difficile de se contrôler dans l'usage du porno et cela renforce l'addiction.

Fonctionnement du système de stress

Des experts (3 études) voient l'addiction comme un désordre du système de stress car il affecte les hormones du stress (cortisol et adrénaline) mais aussi induit des multiples altérations dans le système de stress du cerveau.

Le système de stress modifie le cerveau et le corps pour endurer des facteurs de stress sur le long terme.

Le stress augmente la dopamine et le cortisol, ce qui transforme des petits facteurs de stress en envies irrésistibles.

Aussi, il inhibe le cortex préfrontal qui est responsable des fonctions décrites plus haut.

Enfin, quand un addict est en sevrage, son système de stress fonctionne à plein.

S'en suit des symptômes énoncés par des témoignages comme l'anxiété, dépression, fatigue, insomnie, irritabilité, douleurs et oscillements d'humeur.

Cela peut être le moment de se réfugier dans l'addiction car il se sent mal.

Le mauvais fonctionnement du système de stress se manifeste par des désirs plus importants, volonté inhibée et d'autres symptômes de sevrage.

L'anxiété et le stress se retrouvant dans les scènes X extrêmes, on peut comprendre l'escalade d'un addict.

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4) Questionnaires d'auto-évaluation

Il existent des dizaines de questionnaires, les plus complets et pertinents ont été retenus.

Sexual Addiction Screening test - revised (SAST-R) : http://pchnashville.org/sexual-addiction-screening-test.html

Problematic Pornography Consumption Scale (PPCS) : https://www.komando.com/happening-now/394016/adult-sites-addiction-test

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5) Symptômes

L'accès au porno est devenu massif dans les années 2000, il n'était sans commune mesure avant.

Si l'on suit la théorie de l'évolution de Darwin, notre organisme n'a pas eu le temps de s'adapter à ces stimulations très puissantes et présentes.

Au final, on se rend compte de l'addiction par l'apparition de symptômes gênants comme les troubles de l'érection, éjaculation retardée, baisse libido.

  • Dissociation : différence entre désir et aimer.
  • Baisse mémoire et concentration : https://www.yourbrainonporn.com/rebooting-porn-use-faqs/can-porn-use-affect-memory-and-concentration/
  • Dysfonctionnement érection et libido basse
  • Sensibilité réduite
  • Sensibilisation au porno
  • Etat de manque
  • Ejaculation précoce ou retardée
  • Temps important consacré au porno
  • Tolérance au porno puis escalade/diversification dans les préférences sexuelles
  • Désordre orientation sexuelle : baisse attrait pour le porno regardé au début, diversification qui peut aboutir à un questionnement sur son orientation sexuelle.
  • Questionnement orientation sexuelle qui ne provient pas de ses tendances sexuelles mais de sa peur et insécurité.
  • Baisse attrait pour le sexe avec un partenaire dû au porno : une soixantaine d'études le confirment
  • Insensibilité émotionnelle
  • Faible estime de soi, honte, culpabilité
  • Anxiété sociale, dépression, apathie, flou
  • Sommeil perturbé
  • Performance athlétique et masse musculaire réduites
  • Acné
  • Possibilité d'avoir d'autres addictions comme le tabac, alcool, drogue, Internet,...