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Interview de Julien Pratviel-Danjan : qu'est-ce qu'un psychologue ?

Publié le 11/04/2021 00:41:27
Aujourd'hui, je retrouve Julien Pratviel-Danjan à son cabinet libéral pour aborder son activité de psychologue et nous éclairer sur sa pratique.
Julien Pratviel-Danjan vous accompagne dans son cabinet à Toulouse ou à distance.

Bonjour Julien, pouvez-vous présenter votre activité et la formation initiale par laquelle vous êtes passé pour devenir psychologue ?

Julien Pratviel-Danjan : Je suis psychologue en libéral à Toulouse et pour devenir psychologue, il faut obtenir un Master 2 en psychologie et faire 500 heures de stage.

En fonction de la spécialité du stage et du master, on va s’orienter différemment.
Pour ma part, j’ai choisi la branche clinique psychopathologique, mon Master 2 était « Master 2 professionnel clinique de la santé, option psychopathologie et psychothérapie ».
C’est une formation très généraliste avec une composante psychothérapie et c’est ce qui m’a attiré. On a pu aborder différents approches de la psychothérapie, d’ailleurs il y en a plusieurs centaines.

Ma formation initiale couvrait la psychanalyse, les TCC, la thérapie systémique, etc...
A ce propos, c’est pendant ce Master que j’ai pu découvrir l’ACT et la thérapie des schémas.
J’avais l’intuition que ce master me permettrait de me donner une grosse boite à outils pour travailler plus tard avec mes patients.


Entre la théorie et la pratique comment est panaché l’enseignement pendant ce Bac+5 en psychologie ?

Julien Pratviel-Danjan : En général, les études de psychologie pendant les 3 premières années de licence sont extrêmement théoriques.
De temps en temps, en TD nous allons regarder des vidéos de patients afin d’observer la pratique clinique.
A Toulouse, les stages se faisaient en 4ème année et en 5ème année.

En 4ème année, j’ai pu faire un stage d’observation où je pouvais être au contact des patients.
Mon premier stage se déroulait dans une clinique psychiatrique au sein d’un service d’alcoologie et j’ai pu voir directement un patient seul, en étant encadré malgré tout.
Tous les stages ne se ressemblent pas, en 5ème année on est plus en autonomie avec les patients, nous allons plus aider le psychologue.

Il y a eu des stages où j’étais en autonomie, d’autres où j’avais seulement le droit d’être en observation. J’ai préféré participer à des stages plus pratiques.
La forme des stages dépend des institutions ou des professionnels.


Par rapport à la formation de psychologue qui introduit la pratique plutôt assez tard finalement, est-ce que c’est une bonne chose d’avoir cette longue phase théorique avant de découvrir la pratique ou peut-être que la pratique pourrait être introduite plus tôt dans le cursus ?

Julien Pratviel-Danjan : A Paris, il existe une école de psychopraticiens qui est une école privée qui a une clinique pour recevoir des patients et qui donne une place importante à la pratique, un peu comme dans une école d’ostéopathie.
Dans le cursus classique de psychologue, effectivement on peut participer à des stages et avoir très peu de pratique en fonction des stages, ce qui n’a pas été le cas pour moi par chance.
D’avoir autant été en autonomie pendant mes stages m’a permis d’être plus à l’aise avec les patients, c’était très enrichissant d’un point de vue clinique.

A la fois, j’étais aussi peut-être à l’aise grâce à toutes ces heures de théorie, ces savoir-être appris par l’observation des psychologues. On passe beaucoup par le mimétisme au début avant de trouver notre propre style.

Après, il y a des bons côtés dans les 2 approches, pratiquer assez tôt permet de mieux sentir les théories, et en même temps à la fin de la licence on avait déjà un bel univers théorique, on avait pu faire un premier tri sur certaines thérapies, en approfondir quelques une et ainsi être plus préparé mentalement à accueillir la pratique.
C’est très compliqué de trouver un idéal dans tout ça, ça dépend des étudiants et de l’offre pédagogique.
On peut aussi trouver certains manques dans le cursus, il y a des parties du métier que l’on découvre après être diplômé comme la pratique en libéral.


Concernant les interventions brèves, est-ce que cela fait partie du champ d’action des psychologues ?

Julien Pratviel-Danjan : Je pense que c’est tout à fait réalisable par les psychologues, pas forcément les psychologues cliniques.
Par rapport aux coachs qui seraient passés par une école de coaching ou autre formation courte comme un diplôme universitaire (DU), je pense que les psychologues sont plus compétents car mieux formés : on a eu le temps de désidéaliser des théories, des courants de thérapie et de se former dessus.
Les psychologues utilisent aussi des attitudes et des approches de coaching, à travers des postures, des propositions et alternatives que l’on propose au client, pour lui permettre d’avoir certaines réflexions et de faire des choix.
Après, que ce soit chez les psychologues ou chez les coachs, il y en a des bons et des mauvais.


On a l’impression que les coachs ont pris le segment des problématiques plus légères comme un problème d’estime de soi, d’affirmation de soi et autres thématiques du développement personnel.
De l’extérieur, on pourrait croire que les psychologues se concentrent plus sur des thématiques plus difficiles comme l’anxiété, la dépression, les addictions, les problèmes relationnels, etc...


Julien Pratviel-Danjan : Si l’activité des coachs s’est développée autant, c’est parce qu’il y avait un besoin, les psychologues / psychiatres et autres professionnels de la santé ne s’étaient pas positionnés sur ces domaines-là, peut-être pour des causes culturelles et historiques.

Pendant la formation en psychologie, on apprend beaucoup de psychanalyse, il y a une grande histoire psychanalytique en France. Dans la posture psychanalytique, on va être moins dans une posture de trouver des solutions, de régler frontalement le problème, peut-être que la place du symptôme ne sera pas la même, on va peut-être moins essayer de le changer, l’analyse des relations et des interactions précoces (parents, famille) de la personne aura une plus grande place dans la thérapie.

Dans la pratique du coach, c’est plus une approche problème-solutions et on fait carrément de la résolution de problèmes.
Beaucoup de psychologues sont dans une attitude psychanalytique, notamment dans leur pratique clinique.
Aujourd’hui quand on pense à un psychologue, on voit quelqu’un avec un divan, l’outil de l’approche psychanalytique de Freud.
La psychanalyse est une approche parmi d’autres et pourtant, c’est ce stéréotype qui ressort le plus dans l’imaginaire collectif.

De mon point de vue, il y a un lien avec le fait qu’à un moment quand on apprenait à être un psychologue en France, on apprenait à être un psychanalyste.
Cette approche est complètement opposée de la résolution de problèmes dans une certaine mesure, on ne va pas l’attaquer de front, on va plutôt faire advenir les solutions que le patient a en lui.

Les formations de coach sont accessibles à tout le monde, peu importe leur métier alors que les formations en psychologie sur des thérapies spécifiques comme la thérapie des schémas par exemple n’accueillent que les psychologues, psychothérapeutes ou psychiatres ou autres professionnels de santé.

L’approche des coachs est plus une approche de technicien, c’est-à-dire d’utiliser des outils.
A l’inverse, les psychologues ont une formation plus poussée, une plus grande boite à outils, qui travaillent avec une meilleure déontologie, plus capables de lire des articles scientifiques et de faire des recherches.
J’ai pu rencontrer plusieurs coachs qui étaient très précautionneux dans leur pratique, même plus que certains psychologues mais l’humain étant très complexe, il mérite qu’on prenne son temps et j’ai du mal avec la précipitation d’une formation de quelques mois.


Si l’on revient à vous, après votre formation initiale continuez-vous à vous former ?

Julien Pratviel-Danjan : La formation initiale a des biais, elle dure 5 ans, souvent plus avec le redoublement.
Malgré tout, nous continuons à nous informer avec les actualités de la recherche, des nouvelles thérapies, des pathologies nouvelles. La société évolue ainsi que les troubles.
Notre code de déontologie nous exige d’actualiser nos connaissances régulièrement, pour être à la pointe de notre pratique, c’est très encouragé pendant les études.

La psychologie étant un sujet très vaste, nous prenons vite le gout de nous former à beaucoup de choses.
La formation initiale est trop restreinte et nous sommes obligés de nous former des thérapies spécifiques que l’on ne nous enseigne pas à l’université ou que l’on ne voit pas pendant nos stages.


Dans quels types de structure suivez-vous ces formations complémentaires comme la thérapie ACT ou des schémas ? Et à quel rythme ?

Julien Pratviel-Danjan : Généralement ce sont des instituts de formation privés ou des associations avec souvent des intervenants externes.

Pour ma part, j’ai commencé à me former en redoublant une année à l’université pendant laquelle j’ai participé à un diplôme universitaire (DU) en alcoologie.
Le DU se déroulait sur 2 jours par mois pendant 1 an.

Une fois diplômé, j’ai préféré des formations plus courtes et sur des thématiques plus précises que le DU (un DU peut durer jusqu’à 3 ans).
Une formation peut s’étaler par exemple sur 14 heures sur une thématique comme mêler la thérapie ACT avec la thérapie des schémas, la pleine conscience, etc...
Concernant la psychologie générale, j’ai l’impression de pouvoir l’apprendre et l’actualiser par mes lectures et visionnages de contenu, ce qui permet de défricher un domaine mais concernant des domaines plus spécifiques, je passe par des formations de courte et moyenne durée.


Qu’est-ce qui qui vous motive vous dans cette démarche de formation continue ?

Julien Pratviel-Danjan : Le psychologue a une boite à outil et donc comme un artisan, on aime bien avoir plusieurs techniques, plusieurs manières d’envisager la souffrance psychique des personnes, afin d’adopter la meilleure posture en fonction des différents publics que l’on reçoit.
On nous apprend bien à ne pas être des techniciens et ne regarder que l’outil, on est plus dans une démarche de réflexion sur les outils, le paradigme dans lequel on utilise ces outils, c’est très important de garder cette réflexion en plus de l’outil, pour augmenter nos compétences et notre compréhension de l’être humain.

C’est très difficile de faire le tour de la psychologie, c’est un univers tellement vaste.
En général, on le commence par un domaine et puis on essaie de voir ce qui nous intéresse.
Par exemple, moi je ne me sens pas de travailler avec la psychanalyse malgré tout je comprends la langue (ex : inconscient, pulsions) et si cela rentre dans le référentiel de l’un de mes patients, on peut tout à fait partir là-dessus, c’est un outil que j’ai.
Mais je ne me cantonne pas à un seul outil, c’est ça qui nous pousse à nous former encore et encore car on n’en a jamais assez potentiellement, on peut toujours apprendre plus.


Le métier de psychologue est particulier, en ce sens que vous aidez quelqu’un d’autre au niveau de sa santé mentale et de son épanouissement, il y a une responsabilité et une éthique personnelle qui est en jeu.

Julien Pratviel-Danjan : Cela légitime de faire ces formations, c’est un peu un garde-fou.
Dans notre code de déontologie, il est mentionné que l’on doit continuer à se former mais c’est assez intuitif car nous n’avons pas envie de proposer une mauvaise prise en charge ou de prendre des patients aux lesquels on ne comprend rien ou nous n’avons pas étudié ses problématiques.
On a envie de pouvoir aider les personnes à comprendre ce qu’elles vivent et comprendre nous-même et pour cela nous avons besoin d’être armé en ayant à notre disposition les outils et les manières de voir le monde.

Cette déontologie nous légitime.
C’est l’occasion de parler du fait que la plupart du temps, des fois on peut avoir l’impression de pas être apte, de ne pas être pas assez compétent.
Au moment de créer son cabinet en libéral après la formation initiale, c’est un grand saut dans le vide parce qu’on a beaucoup de doute sur nos compétences.
Il y a un peu le syndrome de l’imposteur chez les psychologues, effectivement.
Se former permet de récupérer un peu de contrôle et de légitimité pour faire en sorte que ce soit plus facile d’exercer.


Justement, pouvez-vous raconter ces premiers moments quand vous avez ouvert votre cabinet en libéral ?

Julien Pratviel-Danjan : Il y avait un côté intimidant mais j’ai eu la chance de faire des stages en autonomie qui m’ont vraiment défriché l’accueil du patient, le rapport au patient, l’attitude du clinicien avec le patient.
J’avais déjà énormément pratiqué en stage, c’est-à-dire voir un patient seul sans autre personne avec moi et travailler avec lui par rapport à sa demande et trouver des pistes d’aide.
Finalement, j’ai été plutôt bien formé pour l’activité libérale, ce n’était pas prévu comme ça au départ.

Psychologue en libéral étant une activité entrepreneuriale, comme dans toutes ces activités, il y a énormément de doutes et c’est intimidant de se lancer quand on se pose des questions sur le nombre de patients que l’on va arriver à accueillir, est-ce que je vais faire ce qu’il faut, est-ce que les approches vues à l’université sont toujours adaptées.
Il n’y a pas le filet de l’institution, je suis le seul gardien de ma déontologie.

Malgré ce stress et ces doutes, nous avons des belles réussites, des moments d’échange, des patients qui reviennent, des relations thérapeutiques qui se créent, cela peut paraitre bête de dire cela.
On est beaucoup dans la découverte et en pratiquant cela devient de plus en plus facile et on devient meilleur.
L’aspect expérientiel est très important et on s’adapte aux patients pour les aider au mieux.

On a peur de l’échec, de ne pas faire ce qu’il faut, comme dans tous les métiers on ne peut pas se sécuriser totalement, le but est d’être dans une démarche d’amélioration de notre prise en charge.
Mais effectivement il arrive qu’il y ait des couacs, des prises en charge peut-être moins adaptées, des rencontres moins pertinentes, des personnes qui n’ont pas l’impression d’avoir avancé.
C’est tout à fait normal dans la mesure où c’est une rencontre entre deux humains, il va y avoir des aspects affinitaires qui vont rentrer en ligne de compte.
Si de psychologues lisent cette discussion, n’hésitez pas à vous lancer, c’est une belle aventure !


Vous me parliez des doutes et des peurs au début de votre activité mais j’imagine qu’il y en a toujours au fil de votre carrière ?

Julien Pratviel-Danjan : Il y a quand même un moment où l’on se sent en sécurité, on a déjà eu des belles réussites professionnelles avec des patients qui fonctionnent mieux dans leur vie et l’on a réussi à le mettre en lien avec la thérapie mais il y a des situations qui peuvent être stressantes et c’est pour cela que l’on continue à se former.


Par rapport à ça, est-ce qu’en tant que psychologue libéral vous avez quelqu’un qui vous supervise pour vous aider dans votre pratique ? Qu’est-ce qu’il est utile de faire d’après vous ?

Julien Pratviel-Danjan : Oui les psy vont voir des psy pour leurs problèmes personnels comme pour leur activité professionnelle.
La supervision consiste à aller voir un autre psychologue pour parler de nos problématiques de travail.
Par exemple si nous sommes perdus avec un patient, que nous ne savons pas quoi lui proposer, si nous avons l’impression de stagner, nous échangeons avec le superviseur pour avoir son avis.

On y a recours quand on le ressent, quand on a l’impression de bloquer, ça nous aide beaucoup à nous lancer aussi, c’est un peu les bouées de sauvetage qu’on a quand on se lance seul et pas en institution.
Mais on peut aussi avoir des superviseurs externes lorsqu’on est en institution qui auront un regard plus d’ensemble des choses, qui ne sera pas pris par la mécanique institutionnelle.

Nous choisissons aussi les superviseurs par rapport aux thérapies que nous utilisons, c’est-à-dire que par exemple si on commence une thérapie des schémas avec un patient, on va voir un superviseur spécialisé dans la thérapie des schémas pour nous aiguillier avec ce patient.


Dans quels cas ce suivi personnel et professionnel est opportun ?

Julien Pratviel-Danjan : Ce n’est pas indispensable chez tout le monde et dans toutes les situations, mais ce métier en général expose à des situations souvent délicates où on cogite pas mal donc dans ces cas-là, je pense que c’est tout à fait approprié d’avoir un superviseur ou un thérapeute.
C’est quelque chose qu’on nous dit et nous enseigne, on est très à l’aise avec ça en général.
Ce n’est pas du tout une honte de se faire superviser, c’est même vivement encouragé.

Malgré que ce soit une activité individuelle, il y a un côté collégial, on n'est pas M. Je sais tout qui reste dans son coin, on s’entraide, on travaille en pluri-disciplinaire au maximum.
Il y a des groupes de psy, où on peut exposer la situation de notre patient et demander aux autres ce qu’ils en pensent, ce qu’ils auraient fait, c’est comme une communauté.
Cela fait partie aussi de notre déontologie, on se doit d’aider ses collègues et d’être bienveillant.

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