Blog
Blog

Thérapie ACT pour sortir de l'addiction au porno Partie 4

Publié le 03/01/2020 21:27:12
Cet article est la suite de la présentation de la séance 3 de la thérapie ACT pour l'addiction à la pornographie.

Dans l'article précédent, nous avons détaillé la 3ème séance du traitement : affaiblir le contrôle des envies et introduire l’acceptation comme alternative.
Nous allons maintenant découvrir la 4ème séance de la thérapie.

4ème séance : Faciliter la défusion cognitive : que sont les envies finalement ?

Objectifs : faire le compte-rendu du travail fait à la maison, évaluer l'efficacité de l'acceptation, démarrer le travail sur la défusion cognitive, puis faire un autre engagement comportemental pour un changement de comportement et la pratique de compétences.

Faire un compte rendu de la pratique à la maison de l’acceptation des envies (consentement à expérimenter les envies).


Discuter des détails spécifiques à propos des situations où l’acceptation des envies a été un succès et noter toute tentative de contrôle des envies.
L’acceptation peut être difficile, amener l’idée que l’acceptation toute seule est une partie de la solution du problème.

Introduire le concept de défusion et réviser l’idée de l’acceptation avec la métaphore « Monster Tug of war ». (Jouer à Tirage à la corde avec un Monstre).
Source : https://www.thirdwavepsychotherapy.net/therapy/ewExternalFiles/tug-of-war%20script%2015-1-2.pdf

La situation dans laquelle vous êtes peut-être représentée par du tir à la corde avec un monstre.
Monster tug of war metaphor introduction

Le monstre est une métaphore pour tous les problèmes qui existent dans votre vie.
Cela peut être la dépression, des sentiments, émotions difficiles, douleur physique, des envies irrépressibles ou autre chose.

Le monstre est gros, moche et très fort.
Entre vous et le monstre, il y a un précipice.
Vous avez l'impression que si vous tirez fort sur la corde, le monstre tombera dans le précipice et vos problèmes disparaitront.
Si vous perdez au jeu du tir à la corde, vous tombez dans le précipice et vous êtes « détruit ».

Alors vous tirez, vous tirez mais plus vous tirez fort, plus le monstre tire fort, plus vous vous rapprochez du précipice.

Pourquoi cela ne marche pas ? Parce que comme vu précédemment, il n'existe pas de vie qui n'implique pas de problèmes.
Et pendant ce temps, dans une autre direction se trouvent toutes les choses qui sont importantes pour vous : vos valeurs.

Vous ressentez le désir profond d'avancer vers ce qui est important pour vous, mais si vous faites cela, vous vous inquiétez que le monstre va vous pourchassez.
Dans la métaphore, malgré le précipice, le monstre a la possibilité de sauter de votre côté et de vous embêter.
Donc tant que vous ressentez le besoin de tirer sur la corde, vous ne pouvez pas avancer vers les choses importantes pour vous.

La chose la plus dure à voir est que notre travail n’est pas de gagner le tir à la corde mais de laisser tomber la corde.

Monster tug of war metaphor drop the rope

Maintenant que vous avez laissé tomber la corde, le monstre peut se balader librement.
Les monstres (en fait les problèmes dont vous faites face comme les préoccupations, pensées et émotions négatives, les peurs) peuvent-ils vous faire du mal ? Non.

Donc, laisser tomber la corde veut dire laisser ces expériences difficiles apparaitre et faire ce qu'elles font pendant que vous avancez vers ce qui est important pour vous.

Monster tug of war metaphor move forward

La métaphore peut être continuée pour introduire le travail de défusion.
Maintenant que vous avez laissé tomber la corde, vous pouvez regarder ce que vous avez combattu depuis si longtemps.
A chaque fois qu’une envie se présente, vous faites tout pour ne pas la ressentir, incluant agir sur elle, vous pouvez vous demander si vous savez à quoi ressemble le monstre.
Je me demande si vous êtes plus effrayé par ce que vous pensez du monstre ou par le monstre lui-même.

Pour introduire le concept de défusion, il est utile de rappeler la fonction du langage dans la souffrance humaine.

La métaphore « Your Mind Is Not Friend » (Votre esprit n’est pas un ami) aide à mettre en lumière le problème du langage auto-référentiel et des pensées.

Il est presque sûr qu’au fil du temps, l’esprit a évolué pour nous donner une façon plus élaborée de détecter les menaces à notre survie et il a probablement aidé à organiser les humains au tout début pour qu’il se produise moins de meurtres, vols, incestes, etc…

Une chose pour laquelle l’esprit n’a pas évolué est d’aider les humains à se sentir bien à propos d’eux.
Si vous regardez les études récentes sur les processus de pensées naturelles, ce que l’on voit constamment, c’est qu’une grosse part des contenus mentaux est négative d’une certaine façon.
Nous avons des esprits qui sont faits pour produire du contenu négatif dans le but de nous prévenir d’un danger ou de faire comme les autres du groupe.
Nous devrons adresser ce paradoxe : votre esprit n’est pas votre ami et vous ne pouvez pas faire sans.

Etre un bon connaisseur au niveau verbal et avoir raison verbalement est puissant et fréquemment renforcé dans la culture humaine.
L’aspect arbitraire du langage humain veut dire qu’une fois qu’il est appris, il devient relativement indépendant d’un support environnemental immédiat.
La combinaison de ces 2 facteurs amène à un usage indiscriminé du langage, souvent sans que la personne en soit au courant.

La métaphore « Finding A Place To Sit Metaphor » (Trouve un endroit où s’asseoir) illustre ce propos à titre expérimental.

Thérapeute : “Dans le cas où vous cherchez un endroit où vous asseoir et pour cela vous commencez à décrire une chaise : disons une description très détaillée d’une chaise.
Elle est grise, le cadre en métal, couverte de tissu et elle est très robuste.
Pouvez-vous vous asseoir dans cette description de chaise ?

Client : “Et bien non.”

Thérapeute : “Ok, peut-être que la description n’est pas assez détaillée.
Et si j’étais capable de décrire la chaise au niveau de l’atome, pourriez-vous vous asseoir dans cette description ?”

Client : “Non.”

Thérapeute : “Voici le truc et regarder dans votre propre expérience : est-ce que votre esprit ne vous a pas dit des choses comme « le monde est ceci et cela et votre problème est ceci et cela, etc… »

Décrire, décrire, évaluer, évaluer, évaluer et pendant ce temps vous fatiguez.

Vous avez besoin d’un endroit pour vous asseoir.
Et votre esprit continue de vous donner des descriptions plus élaborées d’une chaise.
Puis il vous dit : « Asseyez-vous ».

Les descriptions sont très bien mais ce que nous cherchons ici est une expérience, pas une description d’une expérience.
Les esprits ne peuvent pas fournir une expérience, ils nous blablatent seulement à propos de notre expérience autre part.

Donc, nous allons laisser notre esprit décrire au loin et dans le même temps vous et moi allons chercher un endroit où s’asseoir.”


Une autre stratégie utile est de faire appel aux propres expériences des clients dans les domaines où les mots ne sont pas seulement insuffisants mais même préjudiciables.

Certaines tâches sont très bien régulées par des règles, comme trouver son chemin pour l’épicerie (au premier feu tourner à gauche, etc…).
Cependant, pour d’autres activités, ce n’est pas du tout aidant.

Supposons que nous avons une description parfaite de l’action de nager.
Nous pourrions décrire ses mécaniques, même la sensation de l’eau en contact avec la peau, mais nous ne saurions pas pour autant comment nager.
La seule façon d’apprendre à nager est d’aller dans l’eau.

Cette prise de conscience peut être construite sur l’expérimentation en demandant au client d’expliquer des actions motrices pendant la thérapie.
Par exemple, si un client saisit un stylo, le thérapeute peut lui demander une explication sur comment l’action se réalise.
Quand l’explication est donnée (Ex : atteindre le stylo avec sa main), le thérapeute peut voir si l’action a fonctionné en disant à sa propre main d’atteindre le stylo.

Bien sûr, la main n’entendra pas et n’atteindra pas le stylo.
Le comportement était non verbal au début et seulement après il est devenu gouverné verbalement.

Le langage clame de savoir comment tout faire virtuellement, d’attraper un stylo à développer une relation.
Les savoirs verbaux restent au-dessus des savoirs non verbaux donc une illusion est créé que le savoir est un savoir verbal.
Si nous avions tous nos savoirs non verbaux supprimés de notre répertoire, nous tomberions au sol impuissant.

Si le temps le permet, vous pouvez clore la séance avec l’exercice « Milk exercise » (Exercice du lait) pour aider le client à expérimenter la défusion à propos du fonctionnement littéral du langage.

C’est un moyen amusant de démontrer qu’un contexte littéral, séquentiel, analytique est requis pour que les stimuli de langage aient un sens littéral.

Thérapeute : “Faisons un petit exercice en gardant les yeux ouverts.
Je vais vous demander de dire un mot, puis vous me dites ce qui vous vient en tête.
Je veux que vous disiez le mot « Lait », dites-le correctement.

Client : “Lait.”

Thérapeute : “Très bien. Maintenant, qu’est-ce qui vous est venu en tête quand vous avez prononcé ce mot ?”

Client : “J’ai du lait dans mon frigo.”

Thérapeute : “OK. Quoi d’autre. Qu’est-ce qui vient quand nous disons « Lait » ?”

Client : “Je le visualise : blanc, un verre.”

Thérapeute : “Bien, quoi d’autre ?”

Client : “Je peux le gouter, en quelque sorte.”

Thérapeute : “Exactement. Et vous pouvez sentir ce que cela pourrait être de boire un verre de lait ? Du froid, un aspect crémeux.
Le lait enveloppe votre bouche, cela fait glug glug pendant que vous buvez, n’est-ce pas ?

Client : “Bien sûr.”

Thérapeute : “OK, alors regardons si cela prend forme.
Ce qui a traversé votre esprit était des choses à propos du lait et de votre expérience avec lui.
Tout cela est arrivé en faisant un son étrange (Lait) et beaucoup de choses sont apparus à l’esprit.
Observez qu’il n’y a pas de lait dans la pièce, mais le lait était présent psychologiquement.
Vous et moi pouvions le voir, le gouter, le sentir, pourtant seulement le mot était présent.

Maintenant, voici un petit exercice, si vous êtes d’accord.
L’exercice était un peu fou alors vous risquez de paraitre embarrassé en le faisant, mais je vais le faire avec vous comme ça nous serons fous tous les deux.
Je vais vous demander de prononcer le mot « Lait », à haute voix, rapidement, encore et encore, et voir ce qu’il se passe.
Voulez-vous essayer ?”

Client : “J’imagine que oui.”

Thérapeute : “OK, allons-y. Dites « Lait » encore et encore (pendant 2 minutes).
Le thérapeute encourage le client à continuer, à faire prononcer le mot plus fort ou plus rapidement.”

Thérapeute : “OK, maintenant arrêtez. Où est le lait ?”

Client : “Parti (il rigole).”

Thérapeute : “Avez-vous remarqué ce qu’il s’est passé aux aspects psychologiques du lait qui était là il y a quelques minutes ?”

Client : “Après l’avoir répété 40 fois, il a disparu.
Tout ce que je pouvais entendre était le son, cela sonnait très étrange, en fait j’avais un sentiment amusant que je ne connaissais pas le mot pendant un moment.
Cela sonnait plus comme un son d’oiseau qu’un mot.”

Thérapeute : “Exactement. Le crémeux, froid, le truc « glug » a disparu.
La première fois que vous avez prononcé le mot Lait, c’était comme s’il était dans la pièce.
Mais ce qui s’est vraiment passé c’est que vous avez prononcé un mot.
La première fois que vous l’avez dit, il était plein de sens, il était presque solide.
Mais quand vous l’avez prononcé encore et encore, vous avez commencé à perdre sa signification et les mots ont commencé à être juste des sons.”

Client : “C’est ce qu’il s’est passé.”

Thérapeute : “Bien, quand vous dites des choses à vous-même, en plus de toute signification soutenue par la relation entre ces mots et d’autres choses, est-ce que cela n’est pas vrai que les mots sont juste des mots. Les mots sont juste de la fumée. Il n’y a rien de solide en eux.”


Cet exercice démontre assez rapidement qu’autant la signification littérale domine dans le langage, il n’est pas difficile d’établir des situations où elle s’affaiblit rapidement et disparait quasiment.
Trop de « Lait » est un son vraiment étrange et est considéré simplement comme un son (même si ce n’est jamais le cas).

Il rappelle aux gens les sons émanant des oiseaux ou d’autres animaux.
Cet aspect (prononcer Lait => son bizarre, son d’animaux) est tellement passé sous silence par rapport aux propriétés fonctionnelles, que c’est souvent une révélation d’entendre (juste entendre) « Lait » pour la première fois depuis la jeune enfance.

Cela ne signifie pas que le mot « Lait » a perdu son sens littéral.
Les clients faisant l’expérience de cet exercice, ont toujours le lait et les sécrétions mammaires des vaches en tête de façon équivalente avec l’aspect « son », mais cette vision a perdu grandement de sa substance.
Ce qu’il s’est passé est que le transfert des fonctions de stimulus vers la représentation gustative, visuelle habituelle s’est grandement affaibli.

Une personne qui a du mal avec les envies de regarder du porno peut faire cet exercice avec ses pensées.
C’est un peu plus difficile d’avoir le résultat escompté (= perdre le sens du mot) avec une phrase complète mais cela peut être fait avec quelques mots.
Par exemple, raccourcir l’envie irrépressible avec cette expression « J’en ai envie ».
Cette phrase peut être répétée plusieurs fois et rapidement, jusqu’à perdre son sens.

Une fois que c’est acté, cette pensée a deux fonctions : c’est référentiel et évaluatif, et c’est aussi une chaîne d’événements auditifs.
Demander au client de faire cet exercice dans son environnement naturel, peu importe le sens littéral que cette phrase peut avoir.

Il existe d'autres exercices de défusion cognitive intéressants pour mieux gérer les expériences privées difficiles.

Enregistrement audio de l'exercice Leaves on a stream (Feuilles sur un ruisseau) :



Vous retrouverez d'autres exercices de défusion sur la page Sortir de l'addiction au porno.

Travail à faire à la maison : demander au client de pratique les compétences d’acceptation et de défusion en produisant un nouvel engagement vers un changement de comportement.


Typiquement, vous devriez pouvoir leur faire prendre cet engagement certains jours mais le rendre réalisable et concret.
page separator

Pour être informé de la publication des prochains articles, abonnez-vous à la newsletter.