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Thérapie ACT pour sortir de l'addiction au porno Partie 2

Publié le 30/12/2019 00:02:09
Cet article est la suite de la présentation de la thérapie ACT pour l'addiction à la pornographie.

Dans l'article précédent, nous avons présenté les résultats de l'étude de 2010 sur l'application de la thérapie ACT pour la réduction de consommation de pornographie, puis abordé le fonctionnement de la thérapie ACT ainsi que l'agenda du traitement sur 12 semaines.

Nous allons maintenant parcourir en détails les 2 premières séances de la thérapie ACT pour réduire la consommation de contenu pornographique.

Séance 1 : Introduction et évaluation

Objectifs : introduction à la thérapie ACT, annonce du plan sur 12 semaines, faire l’historique du problème, introduire la notion d'événements privés.

Il est important d'informer le client qu'il sera accompagné par un thérapeute utilisant la thérapie ACT, qu'il y aura des hauts et des bas, qu'il est normal d'avoir des doutes qui surviennent pendant la thérapie : il est donc primordial de suivre les 10 séances du traitement.

Le thérapeute prévient le client que des rechutes dans la lutte ne sont pas seulement possibles, elles sont, de par la nature même de l’intelligence humaine, inévitables.
Ce que l’ACT transmet, c’est une perspective nouvelle sur soi et son fonctionnement, depuis laquelle il devient possible d’observer sa souffrance, sa lutte et ses valeurs profondes pour ensuite choisir ce qu’on est prêt à ressentir pour avancer en direction de ce qui est important pour soi.

ACT met l'accent sur le mouvement des 6 processus psychologiques essentiels.
Cependant, n’importe quelle technique qui cible ces processus serait considérée comme valide avec le modèle du traitement.
Ces processus peuvent être ciblés quand les opportunités surviennent pendant le traitement, donc les séances du milieu de la thérapie (séance 5-8) sont faites pour autoriser le travail flexible de ces processus.
Au contraire, les premières et dernières séances sont plus structurées.

Pour obtenir l’historique du problème, le thérapeute peut poser ces questions :

  • Comment la consommation de porno a commencé ? Depuis quand c’est un problème ? Est-ce que cela a été pire ou mieux à certaines périodes ?
  • Avez-vous reçu une thérapie ou médicament pour ce problème ? Quelles choses ont empiré ou amélioré le problème ?
  • Quelles conséquences négatives ont eu la consommation de porno ?
  • Combien de fois par jour consommez-vous ? Par semaine ? Par mois ?
  • Y a-t-il d’autres comportements sexuels liés à la consommation de porno ?
  • Qu’est-ce qui déclenchent le comportement addictif (situations, émotions, pensées, sensations) ?
  • A quoi ressemble votre comportement addictif le plus important ? Et le plus faible ?
  • Comment accédez-vous au contenu pornographique (internet, magazines,…)
  • Quel type de contenu regardez-vous en général, pour connaitre la sévérité du comportement (soft, hard, déviant, hétérosexuel, homosexuel, …)
  • A quelle heure de la journée regardez-vous du porno habituellement ?
  • Quels sont vos objectifs de la thérapie ?

Introduire l’idée des événements privés comme les pensées, sentiments et sensations corporelles qui sont à différencier des événements publics.


Utilisez le mot « envie » pour décrire les événements privés typiquement associés à la visualisation de pornographie.
Thérapeute : "Je me demande : si j’avais un chapeau magique et que nous pouvions nous débarrasser des envies, est-ce que vous auriez toujours un problème ?"
Introduire la différence entre les événements privés et les comportements en utilisant la question à 100000$.
"Si je vous donne 1000000$ pour 1 mois d’abstinence aux vidéos, pourriez-vous le faire ?
Combien de temps pourriez-vous le faire ?"
"Et si je vous disais que je vous donne 200000$ pour un mois sans aucune envie de regarder des vidéos porno ?"

Assurez-vous que le participant reconnait qu’il a le contrôle sur son comportement mais pas sur ses envies de regarder du porno.
Ce point sera éclairci dans la 2ème séance .

Travail à faire à la maison : demander au participant de prêter attention aux envies de regarder du porno (pensées, émotions, sensations) durant la semaine et comment ils y ont répondu (faire un journal).


Séance 2 : Préparer l’acceptation avec le désespoir créatif

Objectifs : compte-rendu du travail fait à la maison, évaluer l'efficacité des efforts de contrôler les envies, faciliter le sens de désespoir créatif et suggestion de laisser tomber l'agenda de contrôle des envies.

Demander au participant ce qu’il a appris du recensement des envies de consommer et ses réponses.

Porter l’attention du participant aux schémas récurrents et à un agenda général de contrôle des envies.
Mettre en lumière les essais de contrôler les envies de regarder du porno.

Evaluer l’efficacité de ses efforts de contrôle en faisant une liste de toutes ses tentatives de contrôle des envies : faire une liste sur une feuille.

Ensuite demander au participant ce qu’il pense de cette liste : d’habitude il y a de la surprise à propos de la quantité d’efforts qui ont été dévouée. Quelles réactions a le participant quand il voit cette liste ?
Lui demander : quels éléments de la liste marchent très bien sur le court terme ? Quels éléments sont efficaces le temps de quelques minutes ou une heure ?

Dans la plupart des cas, la ½ des éléments de la liste marchent bien pour contrôler les expériences intérieures (pensées, émotions, sensations) immédiatement.
Ensuite, demander quels sont les éléments qui marchent bien sur le long terme ? Par exemple sur une semaine ou un mois ?

Il y a de fortes chances qu’il n’y ait aucun élément de la liste qui ressorte : lui demander s’il voudrait une solution qui marche sur du moyen-long terme.
Y a-t-il des éléments de la liste qui ont des effets négatifs sur votre vie ?
Certains éléments ne sont peut-être pas problématiques mais le temps et les efforts investis se font au détriment de la qualité de vie.

Montrer que ce n’est pas un manque d’effort mais que le problème est plutôt sur la stratégie employée.

Une fois que le participant ressent cette sensation de perte d’espoir, lui suggérer de laisser tomber le contrôle de l’agenda en utilisant la métaphore « Man in the Hole » (L’homme dans le trou).


Imaginez que vous êtes dans un champ les yeux bandés et on vous donne un sac d’outils.
On vous dit que votre mission est de courir de tous les côtés dans le champ, les yeux bandés et de faire votre vie.
Maintenant, sans que vous le sachiez, dans ce champ il y a des gros trous très profonds.
Tôt ou tard vous allez tomber dans un de ces trous.

Votre trou est que vous paniquez par rapport à vos expériences privées.
Les autres personnes ont aussi leurs propres expériences privées.

Maintenant, une tendance que vous pourriez avoir est d’essayer de vous rappeler comment vous êtes arrivé dans le trou – le chemin que vous avez pris.
Vous pourriez vous dire « J’ai tourné à gauche et après une petite pente, à droite, etc… »
Dans un certain sens cela pourrait être vrai, vous êtes dans ce trou parce que vous avez marché exactement de cette façon.

Cependant savoir cela n’est pas la solution pour savoir comment sortir du trou.
De plus, même si vous n’aviez pas parcouru exactement ce chemin et que vous auriez été ailleurs, dans cette métaphore vous seriez tombé dans un autre trou.
Quand bien même, maintenant vous êtes dans le trou, les yeux bandés.
Probablement ce que vous feriez dans cette situation c’est de prendre le sac d’outils et essayer de sortir du trou.

Maintenant supposons que le seul outil que vous ayez est une pelle.
Alors, vous commencez à creuser mais assez rapidement vous constatez que vous n’êtes pas en dehors du trou.
Alors vous essayez de creuser plus vite ou en faisant de plus grands gestes, ou avec un style différent : plus, différemment, de façon plus efficace.

Vous essayez toutes les différentes choses que vous avez listées précédemment pour gérer vos envies de regarder du porno.
Mais toutes ces tentatives n'ont aucun effet, car creuser n’est pas le moyen de sortir du trou, cela contribue seulement à l’agrandir.

Puis rapidement, le trou est énorme.
Il y a de multiples chambres, halls et cavernes : c’est de plus en plus élaboré.
Donc peut-être que vous arrêtez de creuser pendant un moment et essayez de sortir du trou.
Mais cela ne marche pas, vous êtes toujours dedans.

C’est comme ce qu’il s’est passé avec vos envies sexuelles.
C’est de plus en plus gros.
C’est devenu un point central dans votre vie. Vous savez que tout ça n’a pas marché.
Vous ne pouvez pas vous creuser un chemin vers la sortie.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de moyen de sortir du trou.
Cela veut dire qu’avec votre façon de faire, peu importe la motivation et la force employée, c’est impossible.
Vous voyez la sensation que cela fait quand vous êtes bloqué ?

Le problème n’est pas dans les outils, c’est dans la situation dans laquelle vous vous trouvez pour les utiliser.
Et donc vous venez ici en thérapie, pour que je vous donne une pelle plaquée or.
Et bien, je ne peux pas vous la donner et même si je le pouvais, je ne le ferai pas car cela ne va pas régler votre problème, cela serait pire.

Si le participant demande comment sortir du trou, lui dire : Votre travail maintenant n’est pas de trouver comment sortir du trou. C’est ce que vous avez fait tout ce temps.
Votre travail est d’accepter que vous êtes dans un trou.
Dans votre position actuelle, même si on vous donnait d’autres moyens, cela ne marcherait pas.
Le problème n’est pas les outils mais votre agenda - de creuser.
Si on vous donnait de suite une échelle, cela ne ferait rien de bon.
Vous seriez en train de creuser avec et les échelles font de terribles pelles.
Si vous avez besoin de creuser, vous avez déjà l’outil parfait, la pelle.

Vous ne pouvez rien faire d’autre tant que vous ne laissez pas tomber la pelle.
Vous avez besoin de faire une place pour quelque chose de différent dans vos mains.
Et c’est quelque chose de très difficile et audacieux à faire.
La pelle apparait comme étant le seul outil que vous ayez.
S’en débarrasser semblerait mener à votre perte et à rester à jamais dans ce trou.
Et je ne peux pas vraiment vous rassurer par rapport à cette éventualité.

Rien que je puisse dire ne vous aidera à apaiser la difficulté que vous avez à traverser ici.

Votre meilleur allié est votre propre douleur et la reconnaissance que rien n’a marché.


Tous les échanges précédents permettent d’amener le concept de Désespoir créatif (Creative Hopelessness) qui repose sur ces 5 questions :

  • Qu’est-ce que vous avez essayé ?
  • Comment cela a-t-il marché ?
  • Quels sont les coûts des stratégies employées ?
  • Comment vous sentez-vous face à cette situation ?
  • Votre meilleur allié est votre propre souffrance et la connaissance que rien n’a marché. Avez-vous suffisamment souffert ? Le problème ne vient pas de vos efforts mais de votre stratégie, êtes-vous prêt à essayer autre chose ?
L’idée est de laisser le participant faire l’expérience du sentiment de Désespoir créatif pour la semaine.
Il risque de se sentir anxieux jusqu’à vous proposer une alternative mais lui demander gentiment de prendre le temps d’examiner sa propre expérience et d’évaluer l’efficacité du contrôle de l’agenda des envies.

Travail à faire à la maison : demander au participant de prêter attention aux efforts de contrôler les envies pendant la semaine et de l’écrire dans un journal.

Vous venez de lire la partie 2 sur 8.

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