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Thérapie ACT pour sortir de l'addiction au porno Partie 1

Publié le 26/12/2019 13:42:13
Je vous présente une thérapie sur 12 semaines pour sortir de l'addiction au porno, basée sur la thérapie Acceptation et engagement (ACT).

Pour les personnes souhaitant sortir de l'addiction, il est primordial d'être accompagné par un psychologue ou psychothérapeute.

La thérapie ACT peut être utilisée pour toute problématique psychologique et dans le développement personnel.

D'ailleurs cette suite d'articles en 8 parties évoque peu l'addiction à la pornographie, car l'addiction est une manifestation d'un mal-être plus général.

La thérapie ACT vise à améliorer la flexibilité psychologique au contact de situations difficiles, d'émotions / pensées / sensations corporelles désagréables, pour permettre de s'engager dans l'action en direction de nos valeurs.

Il est important de respecter l'ordre de lecture pour bien comprendre la thérapie ACT et les 6 processus qui la composent : Acceptation, Défusion, Rester dans le moment présent, le Soi comme Contexte, les Valeurs, l'Engagement dans l'Action.

Vous pourrez ensuite naviguer à n'importe quelle page pour revenir sur les concepts, outils et exercices.

L'application de cette thérapie pour l'addiction au porno est tirée d'une étude de 2010 dirigée par Michael P. Twohig et Jesse M. Crosby : Acceptance and commitment therapy for the treatment of compulsive pornography use : a randomized clinical trial.

Elle est agrémentée avec des exercices et métaphores tirées entre autres du livre ACT Made Simple Second Edition (2019), de Russ Harris.

La thérapie sera complétée par de prochains articles du blog, notamment sur la méthode SMART, l'outil Choice Point (moment de choix) et les cartes de pensées (Thought cards).

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Présentation de l'étude

Le but de ce manuel de thérapie est de guider l’implémentation de la thérapie Acceptation et engagement (ACT) pour traiter l’utilisation compulsive de pornographie (CPU : compulsive pornography use).

Les objectifs de la thérapie étaient :
  • aider le client à déterminer les stratégies efficaces pour répondre aux envies de regarder du contenu pornographique
  • pratiquer en utilisant ces stratégies en dehors des séances
  • diminuer graduellement l'utilisation de la pornographie
  • améliorer les occasions d'avoir des activités avec une haute qualité de vie

Ce traitement consiste en 12 séances d’une heure sur 12 semaines.
Il y aura des objectifs pour chaque séance et du travail à faire à la maison.

L'étude a été faite sur 28 participants divisés en 2 groupes.
Quelques caractéristiques des participants (moyennes) :
  • âge : 28 ans
  • sexe : que des hommes
  • nombre de célibataires : 46.4%
  • participent à une religion : 96.4%
  • années d'études après le BAC : 3.4
  • années de consommation compulsive de pornographie : 13.6
  • heures de visionnage par semaine : 6.1
  • est-ce que la masturbation est aussi un problème : oui pour 96.4% d'entre eux
  • pour consulter les autres caractéristiques, voir "Table 1 Participant Characteristics" (page 32 de l'étude).

Résultats de l'étude

  • réduction du nombre d'heures de visionnage et maintien dans le temps :
    • entre la semaine 0 et 12 (durée du traitement) : 5.65 h -> 0.47 h
    • entre la semaine 13 et 33 (après le traitement) : 0.47 h -> 0.77 h
  • qualité de vie (échelle QOLS) : augmentation très légère (3%) pendant les 12 semaines puis pas de variation pendant les 20 semaines suivantes.
  • compulsivité sexuelle (échelle SCS) : baisse de 33% pendant 12 semaines puis pas de variation pendant les 20 semaines suivantes.
  • préoccupations cognitives à propos du comportement sexuel (échelle CBOSB) :
    • Légal/professionnel : peu de variation.
    • Psychologique/spirituel : diminution de 27% pendant le traitement (12 sem) puis pas de variation pendant les 20 semaines suivantes.
    • Social : baisse de 23% pendant le traitement puis pas de variation pendant les 20 semaines suivantes.
    • Financier : pas significatif car le groupe de traitement et de contrôle ont observé globalement les mêmes changements.

Note : Ce manuel est une adaptation de l’ACT pour le CPU basé sur le protocole original de l’ACT par Hayes et al., 1999.

Présentation générale de l’ACT (Source)

La thérapie Acceptation et engagement est connue sous l’acronyme « ACT » et non « A-C-T ».
Le terme ACT provient de la vision d’acceptation de ce que nous ne pouvons pas contrôler, et de s’engager à passer à l’action qui enrichisse notre vie (Harris, 2009).

L’ACT nous aide à se comporter ainsi en :
  • nous apprenant des compétences psychologiques pour gérer les pensées et les sentiments douloureux efficacement, de façon à ce qu’ils aient moins d’impact et d’influence : ce sont les compétences de pleine conscience.
  • aidant à clarifier ce qui est vraiment important et qui a du sens pour nous (on appelle cela la clarification des valeurs) et utiliser ce savoir pour nous guider, inspirer et motiver à définir des objectifs et passer à l’action dans la direction d’un enrichissement de notre vie.

Le but principal de l’ACT est d’accroitre la flexibilité psychologique.
La flexibilité psychologique est l’habileté à être dans le moment présent avec une pleine conscience et ouverture de notre expérience, puis de passer à l’action en étant guidé par nos valeurs (Harris, 2009).

La philosophie centrale de l’ACT est :
  • la qualité de vie est dépendante en premier des actions guidées par la pleine conscience et les valeurs.
  • cela est possible peu importe les événements difficiles et les expériences douloureuses que nous avons.

Ces expériences douloureuses incluent toutes les sortes de problèmes de santé mentale et d’utilisation de substance, à côté des événements de vie traumatiques.
La clé est de répondre à cette difficile expérience ou les symptômes de problèmes de santé mentale avec la pleine conscience.

Sur le blog, vous avez un article en 2 parties sur la pleine conscience et la méditation pleine conscience, les bienfaits sur le fonctionnement psychologique et la santé, et comment pratiquer.

En ce sens, ACT implique un paradigme radical qui va à contre-courant des modèles de santé mentale du monde Occidental.
L’objectif n’est pas de réduire ou d’éviter les expériences douloureuses mais de changer fondamentalement notre relation avec elles pour qu’elles ne nous tiennent plus à l’écart de façons de vivre qui ont de la valeur.

Une idée centrale de l’ACT est la distinction entre la douleur et la souffrance.
La douleur psychologique est normale et tout le monde l’expérimente (Hayes & Smith, 2005).
Nous ne pouvons pas nous en débarrasser car les expériences négatives sont inévitables et nous ne pouvons pas arrêter nos esprits penseurs de se rappeler du passé douloureux et d’anticiper un futur douloureux.

Souffrir est aussi normal et expérimenté universellement, mais cela est différent de la douleur car c’est quelque chose que nous créons pour nous-mêmes à travers la façon dont nous réagissons à notre douleur.
Même si la souffrance est aussi normale et présente que la douleur, elle peut être réduite considérablement.

La souffrance augmente car les processus psychologiques normaux de l’esprit humain deviennent clairement destructifs, et tôt ou tard créent de la souffrance psychologique pour nous tous (Harris).
La souffrance augmente car en tant qu’être humain nous nous engageons dans la lutte mentale avec notre douleur.

Parce que nous essayons d’éviter et de supprimer nos mémoires non plaisantes, nos pensées non désirées, nos envies et sensations qui ne sont pas les bienvenues, nous finissons par créer encore plus d’inconfort sous une forme de rumination, peur et ressentiment à propos de notre expérience.

Hayes et Smith (2005) utilisent la métaphore du sable mouvant (Quicksand) pour décrire la souffrance.
Plus vous luttez pour vous échapper, plus le sable vous aspire dans ses profondeurs.
Certaines méthodes d’évitement de la douleur comme la consommation d’alcool et de drogue peuvent la supprimer pour un temps, mais cela finit par nous causer encore plus de douleur dans le futur.
Essayer d’éviter la douleur peut aussi nous retenir à vivre le type de vie que nous voulons.
Si nous annulons les activités qui nous causent de l’anxiété ou de la tristesse, notre vie devient plus restreinte.

Si nous réfléchissons à notre propre lutte, nous pouvons voir comment elle nous affecte tous (Hayes & Smith, 2005).
ACT décrit et nous apprend les moyens de dépasser cette souffrance basée sur la lutte avec nos pensées dans un engagement plus complet / épanoui dans notre vie.

ACT implique 6 processus centraux :
  • Acceptation
  • Défusion
  • Contact avec le moment présent
  • Soi comme contexte
  • Les valeurs
  • L’engagement dans l’action

Ces 6 processus sont très interdépendants et ne peuvent pas être facilement séparés des uns des autres.
Harris décrit ces 6 processus comme 6 facettes d’un diamant appelé l’Hexaflex avec la flexibilité psychologique en son centre.
Hexaflex ACT

Vous pouvez trouver une explication rapide pour chaque processus ACT sur http://act-therapie.com/hexaflex-un-outil-therapeutique-dynamique-les-6-dimensions-de-lact/

Pendant qu’un thérapeute ACT devrait introduire les concepts de ces 6 processus les uns après les autres, il a besoin constamment d’aller et venir entre eux.
La compréhension et la maitrise de chaque processus sont clarifiées et enrichies en référence aux autres processus.

Pour cette raison, il est important d’être familier à tous les processus avant d’en travailler un particulièrement.
Lire tout le manuel et familiarisez-vous avec les 6 processus de l’ACT avant de commencer à pratiquer l’ACT.

Quand l’ACT devrait être utilisée ?

Les interventions ACT sont utiles pour aider les clients à gérer plus efficacement les émotions et sentiments douloureux comme la frustration, la déception, le rejet, la perte et l’échec, particulièrement quand ces sentiments persistent et nous empêchent d'effectuer des actions positives.
ACT peut être utile pour tout le monde car tous les êtres humains expérimentent ces sentiments douloureux et nous avons tous des moments où nous sommes empêtrés dedans et avons des difficultés à avancer.

Il existe tout de même des contre-indications dans certains cas (Smout M. (2012), Acceptance and commitment therapy : Australian family physician) :
  • Altérations de la fonction cognitive et troubles de la mémoire.
  • Troubles psychotiques aigus.
  • Situations d’urgence qui nécessitent un traitement médicamenteux et/ou une prise en charge hospitalière.
  • Lésions cérébrales organiques.

Pour en savoir plus

La théorie sous-jacente à l’ACT est appelée la théorie des cadres relationnels (RFT : Relational Frame Theory)
RFT explique comment les processus basés sur le langage de l’esprit humain crée inévitablement de la douleur psychologique et pourquoi essayer de l’éviter ou la supprimer mène à la souffrance.

Hayes et Smith (2005) décrivent cela dans leur livre Get Out of Your Mind and Into Your Life au chapitre 2.

Le livre ABCs of Human Behavior: Behavioral Principles for the Practicing Clinician (2008) de Niklas Törneke et Jonas Ramnerö, est une introduction pratique aux bases de la psychologie comportementale moderne.
Il se concentre autant sur les principes classiques de l'apprentissage, que sur les développements récents qui expliquent le langage et les cognitions en termes comportementaux et contextuels.

Vous trouverez en français un chapitre sur les bases théoriques de la théorie des cadres relationnels dans le livre La Thérapie d'acceptation et d'engagement (2011), écrit par Benjamin Schoendorff, Jana Grand et Marie-France Bolduc.

Livres recommandés sur la thérapie ACT adaptés pour les particuliers

Présentation du plan de thérapie sur 12 semaines

Vous venez de lire la partie 1 sur 8.

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